Ne rien faire pour un membre du leadership semble être une hérésie. Tout au long de cet article nous verrons pourquoi cette activité est capitale pour assurer une bonne productivité et permettre aux équipes de bien fonctionner.

Le leader doit être dans l’action

Souvent l’image que l’on se fait d’un leader, chef d’entreprise, est une course frénétique mêlant réunions, coups de fils, déjeuners d’affaires et briefings. L’étude «What do CEO do?» confirme que les CEO sont rarement seuls durant les 50 heures et plus qu’ils prestent en moyenne. Ils passent environ 85 % du temps avec d’autres personnes dont pas moins de 60 % consacré uniquement aux réunions. On peut donc dire sans trop se tromper que la vie des CEO et autres membres du top leadership est bien agitée.

Cela nous semble naturellement un gage d’efficacité et de professionnalisme. Prenons cependant un peu le temps de nous poser et d’y réfléchir. Quel est le rôle d’un leader ? Doit-il être une personne qui fourni des solutions et qui dirige ses collaborateurs afin d’arriver aux objectifs ? Ou est-il une personne qui s’assure que le travail effectué par ses collaborateurs puisse être le plus productif et le plus en phase avec le projet de l’entreprise?

Deux visions du leadership

Ces deux notions de leadership s’affrontent. Nous avons un classique leader gestionnaire d’une part. De l’autre nous avons ce que Robert K.Greenleaf appelle le « servant leadership ». Le leader se met au service de ses subordonnés. Si nous considérons le leader gestionnaire, alors oui avoir une vie très occupée est un signe positif. Pourtant nous pensons que le rôle de leadership évolue de manière de plus en plus forte dans la direction du second type. Pour la suite de cet article nous considérons donc que le leader a ce nouveau rôle. Il est principalement responsable du cadre dans lequel se déroule de manière presque autonome le projet de l’entreprise.

Les espaces d’inaction

Alors la question principale de l’article est de comprendre pourquoi dans le cadre de cette nouvelle posture du leadership aurait-on particulièrement besoin de ne rien faire ? Pour clarifier la phrase, ne rien faire signifie ici ne pas être dans l’action. Et cela signifie également être dans le lâcher prise sur le besoin humain de vouloir contrôler les situations. Nous verrons qu’en se permettant juste d’être présent à l’écoute de soi et du collectif, le leader, mais aussi toute personne qui s’y ose, va ouvrir de nouveaux espaces qui vont pouvoir enrichir le projet de l’organisation. Nous identifions ici plusieurs espaces-temps, mais la liste peut être enrichie d’autres éléments.

Temps d’apprentissage

Le leader se doit d’apprendre en permanence. Il doit rester dans une posture de curiosité et d’ouverture aux nouveaux possibles. Quand il apprend une nouvelle compétence ou découvre une compréhension différente du monde dans lequel il vit, cela va lui permettre de continuer à entretenir la plasticité de son cerveau. Cela va aussi lui permettre d’envisager sa réalité selon un angle légèrement différent.

Apprendre c’est courageux, car l’on remet toujours en question une partie de ce que l’on sait. Et apprendre c’est essentiel car comme le dit si bien Einstein, « La vie c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre ».

Temps d’introspection

Le leader inspire. Il est la source d’une énergie qui rayonne et éclaire son équipe. Pour cela il doit être à l’écoute de soi. Cela va lui permettre de faire naître cette énergie et de mieux orienter ses pensées et actions vers le futur. Il va puiser au fond de lui-même cette énergie qui est la source de ses intuitions et de sa vision des futurs possibles. Durant ce temps, il ressent ce qui l’anime, le motive et travaille à créer la posture nécessaire à sa mission.C’est durant ces moments qu’il va pouvoir pleinement explorer ses émotions non pour les faire disparaître mais pour s’en servir comme autant d’indices utiles à la compréhension des situations complexes que le rationnel seul ne peut aborder efficacement.

Le temps d’introspection est aussi important pour calmer le mental. Nous avons tous des milliers de pensées qui s’enchaînent. Ses pensées sont souvent liées à l’expression de l’ego qui nous fait dire que nous sommes les meilleurs ou au contraire que nous ne valons pas grand-chose ou encore qu’untel n’est vraiment pas une lumière ou… Ces multiples pensées perturbent notre vision du monde et malheureusement nous confortent dans nos certitudes.

Prendre du temps de calme, via la méditation ou toutes autres techniques, va permettre de prendre conscience de ces pensées et d’en atténuer l’impact sur notre compréhension des situations. Cela va réduire notre tendance naturelle au jugement. Cela peut aussi réduire notre besoin d’action immédiat. Ces impacts et d’autres vont donc nous permettre d’être beaucoup plus présent et de devenir un acteur mature du collectif.

Temps d’écoute

Ne rien faire durant des réunions va permettre de changer le niveau d’écoute. En utilisant un niveau d’écoute empathique ou mieux encore générative comme expliqué par Otto Scharmer (maître de conférence au MIT), le leader va s’inscrire dans une vision beaucoup plus globale de la situation.

De manière générale, il est toujours important de saisir dans quel niveau d’écoute on se situe :

  • Téléchargement : Ce que j’entends ne sert qu’à confirmer ce que je sais déjà. Je ne cherche pas plus loin.
  • Factuelle : On est en état d’acquérir de nouvelles informations qui vont modifier ce que l’on sait déjà et l’on comprend mieux la situation de l’autre.
  • Empathique : C’est un vrai dialogue dans lequel j’arrive à me mettre pleinement à l’écoute de moi et du toi. Le centre de gravité sort du moi et me permet de ressentir la situation.
  • Générative : Je ne peux plus décrire avec des mots l’expérience que je vis. Je suis connecté à quelque chose qui est plus grand que moi et qui me montre de manière forte et globale différents futures possibles.

La technique du Gemba Walk, chère au lean management, qui demande au leader d’aller chaque jour se « promener » dans les lieux où s’exerce l’activité fait partie de ces moments d’écoute. Le leader doit sortir d’une approche « check list » pour pouvoir ressentir la réalité du terrain par ses sens, par les dialogues ou grâce aux tableaux de bord. Il ne doit pas être dans l’action.

Savoir écouter, c’est posséder, outre le sien, le cerveau des autres.

Léonard De Vinci

Autonomiser ses collaborateurs

Dans l’optique d’autonomiser ses collaborateurs, le leader va devoir adopter une posture différente qu’il va travailler lors de ses créances d’introspection ou avec un coach. Pleinement Présent il ne sera plus là pour fournir des solutions mais bien pour questionner les collaborateurs afin de leur faire prendre conscience de certains aspects qu’ils auraient oubliés ou encore mieux pour souligner leur impact positif sur le collectif et la découverte de solutions. L’autonomisation passe par un certain effacement mais sans disparaître complètement. Être en permanence dans l’action ne permet pas de trouver cet équilibre délicat entre écoute,ouverture, compréhension globale et intervention.

Temps de création

Il est souvent demandé aux employés d’être créatifs.  Pour cela des réunions de brainstorming sont organisées pendant lesquelles sont mis à disposition des outils de support à l’innovation. De nombreuses entreprises promeuvent même l’intrapreunariat. Pourtant on oublie souvent qu’une des bases de la créativité est l’écoute de soi et de cette motivation profonde qui est en nous. Le collectif par des moments d’être individuel ou en groupe va construire des espaces-temps qui vont permettre à une réelle créativité de s’exprimer. Cela va amener le groupe à quitter le cadre des solutions court termes, faciles et sans risques pour entrer, soutenu par la confiance et l’autonomie, dans un nouveau champ des futurs possibles.

Créer du sens

Le leader doit amener du sens. Une grande majorité des employés le demande. S’il ne se laisse pas le temps de ressentir le pourquoi profonds des choses, comment peut-il le transmettre. Le leader a ici un rôle capital qui fait de lui un promoteur engagé de projets. Ceux-ci sont légitimés par leur adéquation avec la mission et les valeurs de l’entreprise intégrées dans l’ADN des actions menées par tous les collaborateurs.

Est-ce bien réaliste?

On pourrait se demander si tout cela n’est pas une version utopique du leadership. Je pense au contraire que c’est le futur qui est en train d’émerger. De toute part nous voyons que le modèle actuel montre ses limites et que de nouvelles approches sont en court de maturation. Parlez aux membres du milieu associatif, du monde des start-ups ou encore d’autres sociétés qui ont décidé de faire évoluer les styles managériaux et vous ressentirez toute la force qui se dégage de cette nouvelle approche du leadership.

Conclusion

Ne rien faire et se permettre d’Être est au final la meilleure solution pour se mettre à l’écoute de soi et du collectif. Cette écoute est devenue indispensable dans nos sociétés modernes pour pouvoir appréhender les situations complexes dans lesquelles nous évoluons. Ne rien faire est également la meilleure solution pour pouvoir ressentir les futurs qui veulent émerger et choisir celui qui répond le mieux aux besoins. En passant plus de temps à être, on va grandement faciliter la période du faire qui y fait suite.

Arrêtons d’être dans l’hyper-action continue et libérons les forces qui nous permettent d’avoir un impact maximal sur le futur.


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